Articles de fond
2016 l'année du BIM ?
2014 et 2015 auraient pu l’être aussi…
A la faveur de futures éventuelles normes, de projets pilotes, mais le sujet n’était pas mûr, les normes ne sont pas sorties malgré toutes les rumeurs à ce sujet, la période est à l’incitation pas à l’obligation. Quelque part tant mieux, la grande majorité du secteur n’était pas prête.
2015 a aussi vu la sortie du livre référence « BIM et Maquette Numérique » sous la direction d’Olivier Celnik et d’Eric Lebègue véritable photographie la plus large possible de là où en est le BIM que ce soit au niveau des faits que des intentions et des désirs balayant de façon systématique le large monde du bâtiment du géomètre au maîtres d’ouvrage public et privé.
Mais pas encore un discours de la méthode. Pour ArchiCAD, ce livre n’existe pas encore.
En 2016, si le sujet du BIM n’est pas encore prédominant dans les faits il l’est devenu dans les pensées, les forums, les débats, les formations (le master de l’ENPC dont la deuxième « fournée » est en cours entre autres, mais également beaucoup d’autres plus courtes majoritairement orientées sensibilisation plus que réelle pratique), dans quelques sujets de concours de marché publics ou de plus en plus de BIM Managers sont demandés, dans des désirs pas toujours clairement formulés de maîtres d’ouvrages qui rêvent de gestion de patrimoines (sans toujours trop savoir à quoi cela correspond ni ce que cela implique dans leur propre organisation), et dans les discussions de l’ordre des Architectes (notamment dans ce que pourrait amener ces nouvelles pratiques par rapport à la loi MOP existante).
Le pas vers le BIM est donc franchi, le mouvement est enclenché, nous y allons, y arriverons nous ? Avec quelle qualité de « résultat » ? Et sous quel délai ? Cela est une autre histoire qui reste à écrire, les mois et années qui viennent vont être passionnants pour certains déstabilisants pour d’autres.
Pour moi, le chemin sera long (10 ans au moins), tout le monde n’y passera pas en même temps et il faut se préparer à une (longue ?) période de transition où se côtoieront sur les mêmes projets BIMeurs et « traditionalistes », ce que l’on voit déjà se mettre en place au sein des agences et des bureaux d’études où seule une petite partie des équipes pionnières sont quasi full BIM les autres restant purement CAO 2D. Il va falloir faire avec et adapter nos façons de faire ce qui ne sera pas toujours simple. Dans les deux cas le savoir métier est là, mais la visualisation et surtout le partage et la communication d’informations sont radicalement différents.
Ce sera la volonté du maître d’ouvrage (que ce soit pour sa gestion de patrimoine, s'il l’utilise, ou pour une démarche qualité de construction) ou celle des équipes de maîtrise d’œuvre (plus démarche qualité dans son cas) qui fera que les projets seront BIM ou pas ou plus probablement quelque part entre les deux.
Le débat des honoraires sera et restera un vrai sujet qui reste fortement lié à celui de la mission. Devons nous répercuter le surcout des nouveaux logiciels (quand pas équipé), des formations nécessaires (quand pas formé) de la perte de rentabilité (quand pas formé également ou quand le contenu de la mission a évolué) ou pas ?
Est ce que l’économie envisagée pour le BIM est valable pour le montant de travaux ? Pour celui de la maîtrise d’œuvre ? Pour celui de la phase étude ? Pour une équipe full BIM ? Ou partiellement BIM ? Dans notre contexte et pratiques franco-françaises du bâtiment forcément différentes des standards anglo-saxons ? Répercutera-t-on le glissement des temps d’études en termes d’honoraires ? Ou la réalité sera-t-elle plus complexe et contrastée ?
La période « économique » actuelle tendue aux niveaux des honoraires rendra difficile voire impossible cette majoration sans livrable supplémentaire. Il ne sera pas facile non plus d’imputer au seul BIM les gains de délais, de coûts de travaux pour justifier un éventuel surcoût d’honoraires. En revanche la mission de BIM Manager qu’il soit associé à la maîtrise d’ouvrage (en tant qu’AMO), à la maîtrise d’œuvre, ou que cette mission soit prise par l’un des partenaires de cette équipe de maitrise d’œuvre (architecte ou autres)
Ce qui est sûr et vérifié est que la démarche BIM entraine un travail plus important en première saisie de phase études pour l’équipe de maîtrise d’œuvre, que la démarche BIM amène des changements d’habitude dans le travail collaboratif entre architecte et Bureaux d’études qui vont amener des phases de test forcément chronophages.
Qu’est ce que j’exporte et comment et pour qui ?
Quesaco le BIM (Building Information Modeling )
Le BIM s’appuie sur trois concepts importants :
1 - Une Maquette Numérique renseignée
On parle donc de bâtiment modélisé en 3D (en une Maquette numérique) avec des Eléments classifiés IFC (murs, portes, fenêtres, poutres, faux-plafonds, etc) chaque élément constituant cette maquette renseignée par des informations attachées dimensionnelles ou autres (structure ou pas, extérieur ou pas, isolation thermique et autres données métiers).
Une maquette numérique intelligente réalisée à partir d’un logiciel qui permet grâce à ses outils (dans le cas d’ArchiCAD les outils 3D « naturels » du logiciel) ou chaque élément peut être associé à une classe IFC, et des paramètres soit liés automatiquement (dimensions, matériaux, ou autres suivants les possibilités du logiciel), ou ajouté individuellement (comme le repérage certains sont prévus par les logiciels, il est possible d’en créer pour les besoins du projet).
Il sera possible d’extraire de cette maquette numérique, si l’on a bien travaillé, nos documents nécessaires à la construction qui eux n’ont pas changés et seront seuls nécessaires plans, coupes façades, détails, pièces écrites descriptives.
La maquette BIM n’est pas encore le but (cet élément à partir duquel on construira, mais pour combien de temps. Ce n’est même que fort rarement un « délivrable »), mais le support d’échange (entre partenaires maitrise d’œuvre, bureaux d’études, entre autres), de conception, de mise au point voire de gestion de patrimoine.
2 - Un Format ouvert
Nous avons vu que la maquette numérique s’appuie sur un format intelligent les IFC qui a l’extrême avantage d’être une norme internationale non propriétaire (donc non lié à un éditeur de logiciel). Nous sommes au passage entre la norme IFC2x3 qui équipe (en import et export) la quasi majorité des logiciels BIM et la norme IFC4 qui n’est utilisée que par quelques pionniers. Chaque norme possède ses propres spécificités, le passage à l’IFC4 amènera de nouvelles possibilités et classifications.
L’intérêt du format IFC par rapport aux anciens formats d’échange 3D est qu’il est compréhensible et éditable par de nombreux logiciels que ce soient nos logiciels de maîtrises d’œuvres et de nombreux (et de plus en plus) de logiciels métiers de nos bureaux d’études (Structure, fluide, thermique, économie entre autres) et qu’il permet d’attacher à nos éléments classifiés de nombreux paramètres « embarqués ».
3 - Une démarche collaborative
On parle aussi et c’est presque plus important de la démarche BIM. Pour paraphraser Olivier Celnik IFC = Il Faut Communiquer.
Je complèterai en ajoutant il faut aller rencontrer nos partenaires, voir comment ils travaillent, sur quels logiciels, comment ils récupèrent les informations de nos dwg de nos pdf, après quels travaux de préparation, de nettoyage…
C’est généralement assez instructif.
En revanche, il serait faux de croire que l’on exporte une maquette numérique de la même façon pour tous les différents partenaires. Les BE structure, Fluides, thermique, les économistes, les gestionnaires de patrimoine, nos confrères architectes associés (et leurs logiciels) n’ont pas les mêmes besoins, et donc auront besoin de fichiers IFC distincts même s’ils sont issus de la même maquette numérique de maîtrise d’œuvre.
Les logiciels adaptés
Revit (Architecture, Mep ou Structure), ArchiCAD, Allplan, Vectorworks, Bentley, Trimble, Tekla, Robobat, Cype, Archiwizard la liste n’est ni limitative exhaustive et évolue très régulièrement, Batimat 2015 nous a amené de nouvelles compatibilités notamment du côté de la thermique.
Ils peuvent ouvrir et enregistrer au format IFC. En fonction des possibilités de ces logiciels et des spécificités de leurs outils les échanges sont plus ou moins complets et les informations passent complètement partiellement, peu ou pas. Ce n’est pas toujours grave. Tout dépend de comment ont été effectué la saisie et des filtres d’exports choisis.
Le but est d’éviter la majeure partie des ressaisies actuelles. Ce qui serait déjà un grand pas en avant
La Maquette Numérique de l’architecte au cœur de la démarche
Sans maquette de maîtrise d’œuvre pas de BIM. A moins d’imaginer un sous-traitant BIM « Modeler » plus que BIM Manager ressaisissant toute celle-ci au format adéquat (ce qui serait à mon avis un grave contresens économique et qui serait à l’encontre de la fluidité des échanges avec les Bureaux d’études).
A partir de cette maquette numérique BIM, justement saisie et renseignée par la Maîtrise d’œuvre, transmise aux bureaux d’études techniques, permettra à chaque partenaire de l’équipe de maîtrise d’œuvre grâce à son propre savoir métier, (toujours avec le minimum de ressaisie possible) soit de générer sa propre maquette métier, soit de compléter en renseigner celle de la maîtrise d’œuvre, soit d’effectuer ses propres calculs à partir de celles-ci
La maquette numérique architecte est également un intéressant support de communication par rapport au client qui peut visualiser sa maquette et rentrer à l’intérieur de son projet, mais aussi à l’intérieur de chaque structure de la maîtrise d’œuvre entre les chargés d’affaires (ou les chefs de projets) et les « modelisateurs » qui ont réellement les mains dans le cambouis du fichier. C’est aussi une excellente pré-saisie pour le perspectiviste que celui-ci soit intégré à l’équipe de maîtrise d’œuvre ou qu’il soit un partenaire extérieur.
Le BIM égoïste
On peut également voir le BIM comme une amélioration de la CAO actuelle. Le fait de devoir, pour avoir une maquette numérique performante, de bien modéliser et bien renseigner nos « éléments » peut nous amener à automatiser un certain nombre de légendes réellement attachée aux éléments légendés et de pure représentation 2D avantageusement remplacés par les vues « déduites » des éléments de la maquette numérique.
Ce re-dessin automatique ou ce renseignement automatique issu des renseignements ou de la juste modélisation de la maquette numérique de maîtrise d’œuvre que l’on se doit de faire dans le cadre de la démarche BIM est fort appréciable pour trois raisons essentielles :
1 - Gain de temps sur des manipulations chronovores de re-dessin 2D
2 - Synthèse « automatique » entre maquette numérique et dessin 2D qui en sont issus
3 - La 2D et les nomenclatures deviennent à leur tour un outil de contrôle de la maquette numérique
Donc, A Mon Humble Avis, même sans échanges avec l’extérieur, pour la maîtrise d’œuvre gestionnaire de la maquette numérique, la démarche BIM égoïste et solitaire est déjà bénéfique malgré le surcout de travail amont et d’autant plus dans le cadre d’une mission complète. Alors si en plus nos partenaires tirent bienfait de cette maquette ce sera du bonus.
Gestion des phases
Faire du BIM ce n’est pas attaquer l’EXE dès l’esquisse.
La poignée de porte et l’interrupteur ne sont pas là dès l’esquisse. Pareil pour le joint creux voir pour le détail des couches des murs et des qualités précises (thermiques et autres) de leurs différentes composantes. En revanche l’enveloppe extérieure, le terrain, les intentions structurelles, la volumétrie, l’organisation, les éléments architecturaux doivent être justement placés et dimensionnés pour établir une maquette cohérente et sans manque transmissible à nos partenaires BE. Avec le juste niveau de renseignement.
Les bureaux d’études feront de même et renseigneront celle-ci à minima en nous transmettant leur maquette « métier » au même niveau que la notre pour que nous puissions ensemble prendre des décisions « d’esquisse » sans s’encombrer d’inutiles détails et pouvoir rebondir rapidement sur de nouvelles options.
Transmission d’intentions métier
Dernier point de ce texte initiatique
Le niveau de renseignement des différentes maquettes de maîtrise d’œuvre doit être pour moi comme dit précédemment cohérente avec la phase du projet, mais également cohérente avec le savoir métier.
Pour donner des exemples concrets dans la maquette architecte il n’y a pas lieu de renseigner les différents facteurs solaires des menuiseries, ces renseignements doivent en revanche être impérativement présents dans la maquette du thermicien, de même pour les armatures des parois en béton présents dans la maquette structure et pas dans la maquette architecte.
La maquette Architecte a un rôle de synthèse qui doit servir de support et de synthèse aux autres partenaires (ce qui ne les empêche pas d’effectuer des pré synthèses entre eux…)
Chaque partenaire doit ainsi nourrir sa propre maquette numérique de son savoir métier et enrichir ainsi la maquette BIM commune de celui-ci.
Et maintenant ?
Le débat est posé et c’est un vrai sujet… Plus de questions que de vraies réponses.
L’important était d’enclencher le mouvement, de le faire raisonnablement ce qui est la tendance qui se dégage.
Il était important de le poser pour introduire les futurs articles de ce blog. Ceux-ci alterneront billets de « tendance » un peu à l’image de celui-ci, avec des articles plus techniques issus de nos retours d’expérience, des plus théoriques... De nombreux points survolés lors de cette introduction seront repris, détaillés, complétés et amendés dans les articles suivants.
Alors à bientôt sur BIM services !
Commentaires
Comment fonctionne tu si tu n'as pas la compétence thermique dans ton agence ?
Il te faut bien un format qui te permette de transmettre l'intelligence de ton travail avec tes partenaires pour qu'il puisse s'en servir. Et nous avons la chance que ce format existe c'est l'IFC.
L'IFC 4 n'est pas spécialement orienté fluides ou structure il est orienté bâtiment, comme dit plus haut j'échange avec des produits Autodesk, mais aussi Tekla entre autres mais d'autres aussi ce n'est pas simple car la réalité bâtiment telle qu'utile pour travailler autour de la Maquette Numérique BIM Renseignée.
Je sens plus l'évolution vers des logiciels métiers s'organisant autour d'un format d'échange commun, plutôt qu'un coutil suisse dont chacun des composants ne sera pas forcément l'outil métier le plus pertinent et le plus universel…
Cela ne reste encore que mon point de vue.
Mais c'est quand même plus simple d'avoir des plug-in tel qu'AWZ pour échanger. Les IFC4 comme tu le dis peut-être plus axés vers les bureaux de fluides et structures, puisqu'ils utilisent les produits Autodesk ne voulant pas échanger directement avec les logiciels concurrents par l'intermédiaire de ces plug-in.
J'ai des collaborateurs et des partenaires et chacun dans cette période de mise en place à son propre niveau de BIM ce qui n'empêche pas d'échanger.
Ce qui est plus compliqué à appréhender avec le BIM est que l'on est déjà utilisateurs de logiciels potentiellement BIM mais que ce n'est pas pour cela que nous pratiquons le BIM
Pour les logiciels thermiques, l'offre est en train d'évoluer à vitesse grand V et pour moi ce n'est pas fini. L'évolution vers l'IFC 4 va amener des échanges plus pertinents et performant aussi dans ce domaine.
Tu "m'agaces" un peu avec ton expérience sans faille
Rassure toi, je serai là pour te taquiner un peu.
Mais que pense tes collaborateurs ? Tu es là tout seul ou bien ?
A bientôt.
Humblement Marmotton.
OK, pour moi pas de date pour le BIM. Chacun son point de vue.
Concernant les IFC, je ne peux pas te répondre car pas fais d'essais vraiment concrets à ce sujet depuis 2011, que des bricoles. Te connaissant, je te fais confiance à ce sujet, ça fonctionne. On aura l'occasion d'en reparler.
Suite à tes échanges fructueux au format d'IFC, je ne peux que te rejoindre pour la thermique pas plus facile pour débuter. Celle-ci a besoin non seulement de la reconnaissance des objets, des éléments de construction, en terme général de toute la maquette 3D mais aussi des volumes. Et forcément plus délicat. D'où l'importance d'échanger que les besoins pour les différents bureaux. Tout comme toi le débat autour des logiciels ne m'intéresse pas. Mais désolé, je l'ai subi et le subirai encore. Tu sais très bien que la possession d'Archiwizard par Graitec m'a été vraiment néfaste. Je participe encore, mais plus comme avant.
Le débat autour des logiciels et des éditeurs m'intéresse assez peu bien qu'il m'arrive de le subir.
J'ai construit ma carrière sur ses choix, ça m'a fermé certaines portes, ouvert d'autres j'ai fait avec.
J'ai été minoritaire 30 ans avec ArchiCAD, je suis prêt à l'être encore 20, quelle importance.
Les échanges avec les utilisateurs réels quel que soit leur logiciel m'intéresse bien plus.
Là encore c'est mon point de vue et mon choix. Rien de plus.
là aussi ce n'est que mon point de vue.
Etre Full 3D n'est pas (et loin de là) le seul point pré requis pour échanger en BIM. Ne jamais oublier le I=Information. renseigner qualifier classifier, échanger. Il y a, à mon avis, bien d'autres enjeux à venir.
Marmotton